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Vampires Saison 1 : critique un peu saignante mais pas trop

toutfilmMarch 23, 2020

TABLEAU PÉRIODIQUE DES VAMPIRES

Exalté par son sujet assez inédit pour une série française (mais pas pour une série Netflix, voir V Wars), Vampires veut trop en faire. Dès les premières minutes, le vampirologue détectera un conflit d’intérêt entre plusieurs formes de conception du monstre, cohabitant de la façon la plus anarchique possible dans une fiction qui tient quand même dans 6 épisodes de 40 minutes. Il est question d’une famille hybride, constituée de vrais suceurs de sang et de deux gosses à la nature plus floue. Pour des raisons qui sont effleurées dans le prologue le plus illisible de l’histoire du genre, cette famille ne fait pas partie des communautés officielles de vampires vivant cachées dans le XVIe arrondissement.

De fait, l’approche choisie s’avère résolument réaliste, hypothèse qui se confirme au fur et à mesure que l’intrigue se déroule. Le vampirisme n’est ici qu’une maladie, dont l’origine purement factuelle apparaîtra dans les derniers épisodes. D’ailleurs, les symptômes les plus définitifs sont absents : les personnages ne sont pas totalement immortels, ils vieillissent très lentement, les pieux dans le cœur les tuent aussi sûrement que le manque d’oxygène et il n’est pas question de se métamorphoser en un quelconque animal. La question d’un vaccin est même au cœur d’une des sous-intrigues les moins intéressantes. Concrètement, l’état moléculaire de cette communauté souterraine lui impose de se substanter de sang et l’empêche d’aller faire bronzette, au risque de surcharger de travail le service des grand brûlés.

 

Photo Suzanne Clément, Oulaya AmamraSuzanne Clément et Oulaya Amamra

 

Alors que le scénario fonde son point de vue sur cette proposition, l’équipe technique semble n’en faire qu’à sa tête, faisant baigner les 3/4 des scènes dans des teintes fortes, rouges, vertes et bleues directement empruntées au Suspiria d’Argento. Le résultat se veut réaliste mais pop, fauché mais ambitieux. Forcément, la sauce ne prend pas toujours, mais il est difficile de bouder son plaisir face à une série Netflix ne se contentant pas d’éclairer ses environnements comme les bureaux d’une agence de communication. Le problème réside plus dans la cohérence de l’ensemble, de fait perpétuellement les crocs entre deux cous. Non pas qu’une vision plus crédible du mythe empêche son esthétisation, il suffit de se remater une fois de plus le sublime Aux frontières de l’aube de Kathryn Bigelow pour s’en convaincre. Seulement, l’idée mérite un traitement particulier plutôt qu’une esthétique perpétuellement dans la référence, en conflit avec le point de vue adopté.

Les scénaristes font, en fait, preuve d’un certain opportunisme en s’appuyant sur un réalisme assumé pour étayer un propos particulier tout en convoquant sporadiquement le vernis fantastique vampirique afin de faire avancer artificiellement l’intrigue. Comment expliquer la capacité de certains personnages à disparaître ? La concession concerne moins l’hommage au film de vampire classique que la facilité scénaristique. Réels ou fantastiques en fonction des besoins, les créatures éponymes sont difficile à classer, ne facilitant pas l’émergence d’une thématique miraculeusement originale.

 

Photo Oulaya AmamraTo be or not to be a vampire ?

 

VAMPIRES EN TOUTE INTIMITÉ

Logique d’un point de vue réaliste, le sujet de Vampires n’est autre que le communautarisme, insidieux. Contre toute attente, les scénaristes abandonnent la métaphore des premiers émois sexuels, cheval de guerre du service de SVoD. Ils y consacrent même une réplique, réfutant directement un quelconque lien entre les pulsions sentimentales du personnage principal, une jeune fille sur le point de passer deux grandes épreuves de la vie : le bac de français et la sociabilisation lycéenne, et son appétence soudaine pour l’hémoglobine. Ouf, on n’est pas dans un proto-Twilight, même si le récit ne se gêne pas pour reprendre certains archétypes déjà récupérés honteusement par la saga pour ados.

L’écriture se veut ici moins putassière, racontant par le biais du réalisme le rapport entre les différentes castes sociales qui cohabitent en France. Comme Mortel avant elle, la série compte bien compenser un manque de moyens évident (oui, c’est cheap) par un aspect social accru, Mais là où sa prédécesseuse se contentait d’ancrer ses péripéties dans un environnement de banlieue, elle fait du communautarisme le fil rouge de son intrigue. Vampires raconte avant tout l’opposition entre deux familles, une famille pauvre et exilée, ainsi qu’une famille aux airs bourgeois, seule juge de sa légitimité. Pourtant, certains de ses membres possèdent les tares reprochées aux populations ostracisées (le fils est un junkie homicidaire).

 

photoRoulez jeunesse

  

L’idée est bonne. Il est donc d’autant plus dommage que la description des deux environnements soit si sommaire, faisant forcément passer le tout au second plan. L’intrigue, attisant la curiosité dès lors qu’elle commence par une pénurie de papiers officiels, pâtit très vite d’un triste manque de radicalité. Encore une fois, les facilités techniques et artistiques n’arrangent pas les choses : il suffit de voir la planque des Nemeth, symbole de la riche famille bourgeoise, relégué finalement au rang de méchants de seconde zone, l’accent inquiétant en prime. Ces vampires aux grands airs et sûrs de leur importance vivent dans une bâtisse immense, où il suffit néanmoins de faire tomber une bâche pour faire pénétrer la lumière !

Pourtant, les particularités du format Netflix permettaient une exploration plus approfondie de ces thématiques, exploration empêchée en pratique par cet art du compromis permanent, incapable de trancher réellement entre réalisme lourd de sens et mysticisme référencé. De quoi provoquer ce manque de cohérence alarmant, qui fait tant de mal à l’essai. Certains personnages n’échappent pas à une caractérisation paresseuse, à l’instar du junkie, couteau suisse jouant dans le même épisode le sadique désabusé et le love interest dangereux. Entre l’amour et la haine, il n’y a décidément qu’un pas.

 

Photo Aliocha Schneider, Oulaya AmamraI’m sexy and I know it

 

MAUVAIS SANG

En effet, si le vampirisme n’est heureusement pas envisagé sous l’angle romantique, l’aspect « teen » obligatoire cher à Netflix n’en demeure pas moins bien présent, faisant des pérégrinations de Doïna et de son triangle amoureux soporifique un véhicule dispensable, bourreau de la fraîcheur thématique de l’ensemble. Toujours dans l’entre-deux, incapable de soigner les seules idées se démarquant du tout venant aux dents pointues, la série patauge en permanence, peu aidée par un montage parfois chaotique, des dialogues pas très inspirés et une interprétation aléatoire (chapeau à Oulaya Amamra, qui relève un peu le niveau). Demi huis-clos à la ramasse dès qu’il s’agit de spatialisation, Vampires ne peut s’empêcher de noyer son originalité en mordant à tous les râteliers.

L’ambition de la chose cause alors sa perte. Accro aux néons et aux provocations aussi futiles que ringardes, comme la scène introduisant Irina, risible, la série dérape en permanence pour carrément finir dans le décor lors d’un climax anti-spectaculaire au possible, très peu crédible et ne résolvant rien. Les 3/4 des innombrables sous-intrigues polluant les idées intéressantes qui motivaient l’ensemble trouveront donc leur dénouement (ou pas) dans une suite teasée par un cliffhanger moqueur. C’est ce qui s’appelle mettre la charrue avant les bœufs.

Vampires est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 20 mars 2020

 

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