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Uncle Frank : critique post-Six Feet Under sur Amazon

toutfilmDecember 2, 2020

AMERICAN BALL STORY

La mort d’un père qui remue une famille et force une réunion, l’homosexualité d’un fils qui ne peut exister au grand jour, l’esprit d’une jeune fille rousse qui dénote dans le clan, et même l’acteur Peter Macdissi : difficile de ne pas voir dans cet Uncle Frank un évident écho à Six Feet Under. Comme dans American Beauty, comme dans True Blood, comme dans Nothing is Private (son premier film, tristement passé inaperçu), comme dans sa série avortée Here & Now, Alan Ball raconte les troubles des vivants au contact de leur mortalité, dans un mélange de drame et de légèreté.

Ici, c’est l’histoire de cet oncle Frank, qui retourne malgré lui dans sa famille pour assister à l’enterrement de son père. À ses côtés, il y a sa nièce Beth, qui a toujours été un peu à part elle aussi, et son petit ami Wally, dont quasi personne ne connaît l’existence. Comme dans toute bonne fiction (notamment Six Feet Under donc), le cercueil d’un parent oblige les enfants et pièces rapportées à se retrouver. Et comme tout bon personnage principal d’une telle fiction, Frank va également affronter quelques fantômes de son passé.

Mi-road movie mi-drame intimiste, mi-drôle mi-tragique, Uncle Frank est du pur Alan Ball, condensé en 90 petites minutes. Et c’est peut-être pour cette raison précisément qu’il reste finalement mi-satisfaisant.

 

photo, Peter Macdissi, Paul BettanySur la route

 

LE POUVOIR DES TROIS

Ses succès comme scénariste ne devraient pas laisser oublier qu’Alan Ball est également réalisateur. Dès Six Feet Under, dont il a notamment réalisé le pilote et le dernier épisode, il avait montré son attention aux détails, aux visages, ainsi qu’une sensibilité toute particulière à la musique. C’est évident dès les premiers instants d’Uncle Frank, lorsque la caméra décroche pour s’avancer vers ce mystérieux Frank, à la fois si proche et si lointain.

Alan Ball s’intéresse toujours aux moutons noirs, aux esprits et corps marginaux, considérés par les autres comme des anomalies. C’était poussé à l’extrême dans True Blood, avec ses vampires et fées, mais c’était évident dès American Beauty, avec notamment Jane et Ricky. Le trio de tête d’Uncle Frank se présente alors comme l’essence de son imaginaire, avec un intellectuel homo, son compagnon extraverti et d’origine arabe, et sa nièce qui regarde le monde avec des yeux à la fois très innocents et matures.

Tout le film repose sur ce triangle humain, et ce n’est pas un hasard si Uncle Frank n’est jamais aussi solide et entraînant que dans sa première partie centrée sur eux. C’est en grande partie grâce à Sophia Lillis, vue dans Sharp Objects et surtout les films Ça. L’actrice rappelle ici qu’elle a un talent fou, apportant à cette Beth beaucoup de nuances et de détails, ce qui est d’autant plus joli que le personnage aurait vite pu devenir simplet. À ses côtés, Paul Bettany a bien sûr les scènes les plus fortes, mais Peter Macdissi est une part non négligeable du trio.

 

photo, Sophia Lillis“Je veux une carrière à la Amy Adams, je veux une carrière…”

 

BALL PERDUE

La petite magie d’Uncle Frank se dissipe néanmoins au fur et à mesure que le récit avance et s’ouvre. Avec un petit road movie encapsulé dans un film intimiste, puis un drame en flashback qui hante le présent, Alan Ball surcharge son histoire, quitte à rester en surface. C’est d’autant plus regrettable que le film séduit d’abord par son apparente simplicité, qui s’évanouit peu à peu.

Cette difficulté à harmoniser les différentes facettes du récit est encore plus évidente du côté des seconds rôles, pour la plupart réduits à une facette et deux répliques. Les excellents Judy Greer, Margo Martindale, Steve Zahn et Lois Smith se retrouvent ainsi avec très peu de place pour exister, alors que leur présence attire l’attention. Ils auront tous un petit moment de lumière à la fin, mais c’est trop peu pour que cette famille existe, au-delà d’une idée par personnage.

 

photo, Cole Doman, Stephen RootUne scène terrible

 

Stephen Root s’en sort un peu mieux grâce à une scène terrible, qui illustre la plus monstrueuse des homophobies – celle où un père brise son fils. Ces scènes ont déjà été écrites, filmées et vues une centaine de fois, mais Alan Ball donne la sensation d’une violence jamais vue. Et si c’est aussi terrible, c’est aussi parce qu’il s’attarde sur les yeux de cet ogre paternel, dont les larmes semblent à la fois être sa sentence et sa propre prison.

Uncle Frank a beau se terminer dans un nuage d’optimisme et de douceur un peu forcé, Alan Ball n’a pas détourné le regard de la pure violence de ce monde. Que ce soit avec un corps qui flottera pour toujours, ou une lecture de testament qui brise le cœur. Et comme dans Six Feet Under, ce sont ces moments terribles qui permettent aux jolies choses d’avoir tant de valeur. Alan Ball a déjà mieux récité ce refrain par le passé, mais il reste toujours aussi touchant, voire déchirant dans ses meilleurs moments.

Uncle Frank est disponible sur Amazon Prime Video depuis le 25 novembre

 

Affiche

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