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The Craft : Les Nouvelles Sorcières – critique pas très Charmed

toutfilmOctober 29, 2020

LE POUVOIR DES QUATRE

Signe évident de la fin des temps : les séries Charmed et Sabrina, l’apprentie sorcière, Hocus Pocus, et maintenant Dangereuse Alliance sont revenus sur le devant de la scène, pour une suite, un remake ou quelque chose entre les deux. Belle époque pour les sorcières et les nostalgiques, mais pas forcément pour les spectateurs. Avec son titre original générique au possible (Legacy, le nom poubelle partagé avec Tron : L’Héritage, S.O.S. Fantômes : L’Héritage, Jason Bourne : L’Héritage ou encore Space Jam: A New Legacy), The Craft : Les Nouvelles Sorcières débarque donc pour un shoot d’années 90.

La formule est à peu près la même : une fragile adolescente arrive dans un nouveau lycée, et se lie d’amitié avec trois camarades pour former un puissant quatuor de sorcières. Mais leur enthousiasme et soif de justice les amène rapidement dans des zones dangereuses, pour elles et les autres.

Aux États-Unis, cette suite aux (faux) airs de remake a directement eu droit à une sortie VOD. En France, le film a curieusement l’honneur d’une sortie au cinéma. Car malgré la présence au générique de Blumhouse, la boîte de production qui transforme presque tout en or depuis Paranormal Activity jusqu’au récent Invisible Man, ce retour des sorcières réalisé par Zoe Lister Jones a bien du mal à camoufler ses allures de pilote de série Netflix. The Craft : Les Nouvelles Sorcières n’est donc ni catastrophique ni utile.

 

photo“Prière pour que j’ai la carrière de Neve Campbell, au moins”

 

MES SORCIÈRES BIEN ÉLEVÉES

En 1996, Dangereuse alliance était porté par un petit vent de modernité, abordant la masculinité toxique, la violence familiale ou encore le racisme. En 2020, c’est un boulevard, et les quatre sorcières sont confrontées aux mêmes plaies, désormais très identifiées. Le féminisme est bel et bien affiché, et pour tous les allergiques aux mots clés actuels (cisgenre, hétéronormalité, consentement, sororité), ce sera certainement aussi désagréable qu’une saison entière de Sex Education ou The Politician.

L’histoire de sang menstruel à la Carrie, l’héroïne qui manifeste ses pouvoirs pour se défendre contre du harcèlement dans les couloirs du lycée, le mot “slut” effacé par magie sur le casier d’un personnage : The Craft nouvelle génération ne cache pas ses cibles. Et si le racisme a intentionnellement été écarté, c’est par exemple la bisexualité qui est mise sur la table, comme nouvelle limite dans un monde où l’homosexualité est acceptée. Les sorcières ont bien grandi, et leur monde aussi.

 

photo, Cailee Spaeny, Gideon Adlon, Lovie Simone, Zoey LunaImage impersonnelle de teen movie #24

 

Avant que tout ne déraille sans surprise, cette suite se retrouve à mettre en scène une chose amusante : convaincues d’être dans le vrai et le juste, les héroïnes vont rapidement métamorphoser la brute beauf du lycée en homme moderne et sensible, et finalement normal pour toute personne civilisée un minimum. Cet ennemi devient par magie un allié, et un petit soldat qui porte leurs valeurs, quitte à perdre son identité propre. L’idée n’est plus de convaincre et débattre, mais d’écraser l’Autre pour en faire un double, qui emploie les mêmes mots, et écoute la même musique. Tout ça avec le sentiment exaltant d’une victoire.

Certes, cette manœuvre est d’abord une réponse au comportement odieux du garçon incarné par Nicholas Galitzine. Mais elle montre bien les possibles dérives des débats actuels, et inscrit discrètement The Craft : Les Nouvelles Sorcières dans une modernité inattendue. Et pendant un temps, en ferait presque un film malin.

 

photo, Cailee Spaeny, Gideon Adlon, Lovie Simone, Zoey Luna“Il a vraiment dit cisgenre ?”

 

LES FORCES DU MÂLES

Cette suite évite heureusement l’impasse d’une bête répétition. Contrairement à Dangereuse alliance, ici le danger ne viendra pas de l’intérieur du groupe, avec une sorcière qui part en vrille. Une sage et naturelle décision, qui malheureusement a deux impacts finalement problématiques.

Le premier concerne la caractérisation des adolescentes. Autour de l’héroïne Lily, interprétée par Cailee Spaeny, il y a trois personnages fades, uniformisés et difficiles à différencier au-delà du look. Comme le scénario n’exploite pas leurs personnalités extrêmes comme dans le premier film, où leurs failles intimes étaient les moteurs de l’intrigue, Frankie, Tabby et Lourdes n’ont à peu près aucun vrai trait de caractère. Comparé aux stéréotypes amusants de Dangereuse alliance (la timide au visage brûlé, la white trash, l’Afro-Américaine victime des pouffes blanches), c’est extrêmement terne. Et c’est possiblement lié à l’envie de ne pas aller dans les clichés, et encore une fois aplanir les différences pour les mauvaises raisons.

 

photo, Michelle Monaghan, Cailee SpaenyLa vérité est ailleurs (ou pas)

 

L’autre problème vient de la pseudo-mythologie développée par The Craft : Les Nouvelles Sorcières. Sans rien spoiler de ce cirque, les quatre héroïnes vont affronter une menace qui rappelle au mieux un mauvais épisode de Buffy, au pire, un bon épisode de Charmed. Le grand guignol est d’autant plus saisissant que tout ça se prend très au sérieux, notamment dans un climax très laid porté par une symbolique aussi lourde que les poches sous les yeux de David Duchovny et le brushing de Michelle Monaghan.

Les liens affichés avec le premier film (de la mention de Manon à un épilogue pas bien utile) ne sauvent pas réellement l’entreprise de sa parfaite inutilité. Avec en plus quelques effets spéciaux pas bien heureux, et absolument zéro frisson ou folie visuelle, The Craft : Les Nouvelles Sorcières devrait gentiment tomber dans les oubliettes du genre, parmi trop d’autres films parfaitement sans conséquence.

 

Affiche française

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