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Pour Jean-Yves Ferri, le nouvel auteur des albums d'Astérix, « Uderzo était un as du casting »

toutfilmMarch 24, 2020

l’essentiel
C’est un grand dessinateur, l’un des derniers mentors de la BD du XXe siècle qui est mort ce 24 mars 2020. L’Ariégeois Jean-Yves Ferri, repreneur de la série des Astérix (avec Didier Conrad) rend à Albert Uderzo la place qu’il méritait dans le 9e art.

Avec la mort d’Uderzo, vous perdez un pilote?

J’ai appris sa mort ce matin de bonne heure… 92 ans c’est un grand âge, on savait qu’il était fatigué depuis un moment, qu’il avait eu des problèmes pulmonaires, mais on a de la peine, je pense surtout à sa femme, Ada. La dernière fois que j’ai vu Uderzo, c’était en octobre dernier avec Conrad [Didier Conrad, dessinateur des derniers albums, qui vit au Texas, ndlr] à la sortie de « La fille de Vercingétorix »…Imaginer une fille à Vercingétorix, il avait bien aimé et nous avait dit en riant « C’est bizarre, cette idée on ne l’avait jamais eue ».

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C’était un compliment ?

Oui, et d’autant plus sympa de sa part qu’il était très pudique, très vieille école à la façon d’un Gabin ou d’un Lino Ventura, mais il était content que ce qu’il avait créé avec Goscinny vive encore. Avant de reprendre la série, j’étais dans mes petits souliers, c’était quand même une pointure. Il n’avait pas dit grand-chose, et au fil des albums, il  regardait ce qu’on faisait sans faire de commentaires. Cela s’est toujours limité à des encouragements, à part quelques détails sur les rayures du pantalon d’Obélix… Il aimait bien ce qu’on faisait, ce qui n’a pas toujours été le cas avec les films ou les dessins animés.

Qu’est-ce qui a fait de lui un grand  dessinateur ?

C’était un grand héritier du classicisme à la Disney, par un dessin assez rond et d’une grande force et expressivité. Il a créé une galerie de personnages inoubliables, des gueules de mecs comiques avec leur gros nez, mais il était passé par le réalisme, et certains personnages en ont la marque, comme les jeunes femmes qui sont canon, revoyez Falbala ! Uderzo est très fort dans les chevaux, et aussi dans les paysages, les décors de montagne, par exemple, sont très précis.

C’est à lui qu’on doit la survie des irréductibles Gaulois ?

Oui, parce qu’à la mort de Goscinny, qui a été le grand malheur de sa vie car ils étaient amis, comme deux frères très complémentaires, on a dit « Astérix, c’est fini », mais il l’a continué et non sans mal. Il disait lui-même qu’il avait souffert dans le scénario qui n’était pas son métier. La critique le snobait, mais il a mené sa barque, il y a eu les licences, je pense même que la maison Astérix a progressé sous son règne. C’était injuste de dire qu’Astérix c’était seulement Goscinny, alors que la réussite de la série est née de sa qualité visuelle.

Le truc à ne pas dire ou à ne pas faire en prenant sa suite ?

Il ne fallait pas la ramener, et rester à sa place. Dans une interview des débuts, j’avais dit que j’étais plutôt de l’univers de Tintin, il avait répondu ailleurs « Il n’a qu’à faire Tintin »…Ce n’est pas allé plus loin. Et la dernière fois qu’on s’est vu, il m’a piqué ma casquette pour se la mettre sur la tête, comme à un copain.

Une idée d’hommage à lui glisser dans le prochain album ?

Pourquoi pas, on y pensera. On lui avait fait un clin d’œil dans la « Transitalique » : un panneau routier indiquait Oderzo, la région d’où il venait.

Qui reste-t-il de sa génération ?

Plus grand monde, René Follet, grand dessinateur de Spirou vient de mourir, Bretécher aussi, il n’y a plus Fred, Gotlib.

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