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Paradise Police Saison 2 : critique proutocolaire

toutfilmMarch 23, 2020

ON EN ÉTAIT OÙ DÉJÀ ?

Paradise Police porte un titre ironique et en assume les conséquences dans les moindres détails. La ville étatsunienne de Paradise peut compter sur sa police et les meilleurs bras-cassés qui la composent. Kevin débarque dans cet univers dirigé par son père, le chef Randall Crawford, caricature de l’américain blanc moyen, le plouc aux idées bien arrêtées.

Sauf que la caricature serait inintéressante sans le petit plus (ici un grand moins) qui fait le sel d’un stéréotype : son fils lui a tiré dans les couilles accidentellement dix ans plus tôt.

 

photoLa fine équipe avec Clodo Cop (Hobo Cop) tout à droite

 

L’une des trames suit la relation de Kevin et ses parents : comment renouer avec un père imbécile ? Sa mère a divorcé après le drame testiculaire et est devenue maire de la ville, fricotant avec le pouvoir et la malhonnêteté. Tous les protagonistes sont dans ce tracé, ils embrassent tous un attribut afin de pousser au rire gras (toujours mieux qu’un rire maigre ou pincé) :

Gina Jabowski est une blonde superviolente, dingue et attirée par les obèses ; Gerald Fitzgerald est un afro-américain souffrant de stress post-traumatique et jouant du piccolo, incapable de porter une arme ; Bastos (Bullet en anglais) est un chien toxico qui tape dans les drogues saisies ; Stanley Hopson doit bien avoir dans les 80 ans et incarne le vieux schnock libidineux et sénile ; Dusty Marlow souffre d’obésité niveau 7 sur l’échelle de Richter et subit sa naïveté aussi fortement que les assauts sexuels de Gina.

 

photoDusty le magnifique

 

Dusty est de loin l’un des piliers de ce bordel qui passe au lance-flammes on ne sait pas trop quoi, mais qui a l’audace de le faire avec des prouts de briquet. Il est débile et croit au Père Noël, sa graisse emmagasine les balles, et son identité sexuelle porte à confusion. Plaisir malsain s’il en est, il catalyse le propos sans filtre de cet animé où l’irrévérence signifie irrespect. Même si Kevin est essentiel et fun quand il fornique avec sa voiture, le plaisir vient surtout des adultes irresponsables qui l’entourent et lui donnent l’exemple de l’immoralité.

L’audience ciblée n’est pas grand public et s’adresse aux passionnés de conneries, de caca, de violence, de sexe excentrique et de déviances malpolies. Si vous adorez South Park mais que vous trouvez que c’est trop subtil, cette série est faite pour vous. Si vous pensez qu’American Dad! et Les Griffin (Family Guy) ont des thématiques et des personnages trop lisses, vous adulerez Paradise Police. Sinon, c’est à parier que vous passerez un sale quart d’heure.

 

photoSi ça vous fait pas rire c’est pas la peine d’aller plus loin

 

L’ADN (Anus Drogue N’importe quoi) EST CONFIRMÉ

 

Avec ses 40% de recommandation presse et 59% public sur Rotten Tomatoes, Paradise Police a réussi à ne déplaire qu’aux 3/5 des critiques et à moins de la moitié des spectateurs. Aucune raison pour la série de renoncer à baigner dans le jus qui a fait son succès (relatif) : personnages branquignoles, police de bolosses, cochoncetés au sens propre et impropre, inintérêt du propos.

La deuxième saison garde le même registre que la première, sans accentuer ni atténuer ce qui a fait son charme mais en poursuivant une logique dont on perçoit plus fortement l’intention. Si la série n’est pas adapté aux péteux, elle présente toutefois une omniprésente cacaphonie : toutes les trois minutes, des pets, de la merde ou du vomi nous rappellent à l’ordre, ce qui fait penser à la technique du coup de téléphone pour garder l’attention de l’auditoire. Méthode originale pour nous tenir éveillés à une intrigue qui repose essentiellement sur l’existence du procédé même. 

Anale, Paradise Police l’est sur deux niveaux. La merde et ses prouts ne sont pas que des arguments marketing, ils sont aussi représentatifs d’une manière de créer et de s’imposer. Quand on y regarde de près, on s’aperçoit que c’est l’anus qui concentre le plus l’attention et les actions des personnages. Dusty a des objets dans le rectum et c’est son derrière qui obsède Gina, la sodomie est une pratique assumée par tous ; juste derrière, le pénis joue un rôle important ainsi que ses alliées couilles ; derrière, le vagin, thème sous-exploité.

 

photoHeureusement, Gina vaut 20 femmes

 

LE SEXE DANS TOUS SES ÉTATS

S’il peut être rébarbatif dans son usage à tout-va, le sexe se pare néanmoins d’une curiosité, sur laquelle il serait injuste de ne pas s’arrêter. Le traitement de la sexualité est exhaustif sans passer par la case LGBT+ et refuse toute représentation stable de la sexualité des personnages. Toutes et tous sont plus ou moins pansexuels et ne font pas les fines bouches sur des pratiques peu orthodoxes.

Ainsi, le chef Randall (parangon de l’hétérosexualité en mode red neck) embrasse et plus (hors champ) le pénis du vieux Hopson ; Gina est obsédée par Dusty dont on ignore de quel sexe il ou elle est ; Kevin recroise son ex tout en carosserie ; les humains se reproduisent avec des mutants dauphins.

La thématique va même chercher dans le trash, avec Bobby l’enfant au pénis démesuré qui joue au zizicoptère, ou avec l’agent noir du FBI et ses couilles énormes. De même, chef Randall fait de nombreuses fois référence à ses années scout où ses chefs lui demandaient des choses pas très catholiques. 

 

photoDusty, dis “camion”

 

Mais comme vomir, éjaculer, sniffer, péter et gueuler n’est peut-être pas suffisant pour maintenir l’attention du spectateur (quoique), la deuxième saison s’est construite autour d’un scénario plus évolué que la première, disons introductive. Contrairement à ce que présente le synopsis, ce n’est pas la jeune recrue, Kevin Crawford (David Herman), qui mène la danse ni même son père (Tom Kenny) et ses problèmes testiculaires, mais Gerald Fitgerald (Cedric Yarbrough). 

On lui avait découvert une double personnalité dans le très bon épisode 3 de la première saison et sa part sombre a complètement pris le dessus. Baron de la meth écossaise, on en apprend plus sur son côté Mr Hide : le gentil Fitz cohabite avec un Caïd de la drogue, qui prend toute la place dans les 7 épisodes, avant que Kevin ne réveille la bonne part qui est en lui dans le dernier.

La narration brosse un tableau plus vaste où la scène finale nous rappelle quand même que tout cela est censé rester con : la ville de Paradise est transformée en pizza géante. Un message apparaît alors : “Fin ?” suivi de “Non.” Une saison 3 semble envisagée et l’on pourrait retrouver les énergumènes et leurs slogans protocolairement zinzins dans une suite.

 

photoOn semble bon pour écoper d’une saison 3

 

UN CROSSOVER CONFESSION DU SIÈCLE

L’épisode 7 signe d’ailleurs une apartée dans la saison 2, avec le crossover des personnages de Brickleberry, la sitcom animée qui ressemble trait pour trait à Paradise Police. Les deux séries ont leurs créateurs en commun, Waco O’Guin et Roger Black, ainsi que Tom Kenny (voix de Woody dans Brickleberry) et les personnalités fonctionnent en miroir d’une série à l’autre, preuve que ce sont moins les personnages qui sont construits que le registre décadent et les références à la pop culture américaine. 

Après trois saisons, Brickleberry s’était arrêtée et n’avait pas été reconduite par la chaîne Comedy Central, mais Paradise Police s’est imposée trois ans plus tard et s’est définie comme son héritière. Crossover génial car totalement inutile, l’épisode 7 met en pleine lumière le copier-coller créatif d’une série à l’autre, sans complexe.

Amusant et révélateur, cette réunion de personnages plagiats les uns des autres rappelle que la série n’a rien de très original. Sans se prendre au sérieux, Paradise Police répète une mécanique de l’humour dont on peut sortir lassés, surtout qu’elle ne s’arme pas d’un visuel ou d’une lecture forte. L’absence de créativité rappelle que le génie en la matière reste South Park, indétrônable satire, irrévérencieuse et intelligente, dont la mise en perspective de la merde sociale et politique fait passer Paradise Police pour un pet dans le vide.

La saison 2 de Paradise Police est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 6 mars 2020. La saison 1 est également disponible sur la plateforme.

 

Affiche officielleMarronasse, couleur de l’âme

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