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Mad Max, Tarantino, Nolan : Mathieu Kassovitz tire à balles réelles sur le cinéma américain

toutfilmNovember 26, 2020

Mathieu Kassovitz n’a pas la langue dans sa poche, et ça retombe sur Tarantino, Nolan, Mad Max ou encore Will Smith.  

Décidément, on n’arrête plus Mathieu Kassovitz ! Pendant son long épisode de Vidéo Club pour Konbini, l’acteur-réalisateur a notamment annoncé avoir tourné dans le dernier film de Terrence Malick. Mais bien entendu, cela ne représentait qu’une petite partie de l’exercice. Et si Kassovitz est un cinéphile exigeant, capable de déclarer sa flamme à des cinéastes comme Fincher, Spielberg ou Scorsese, il est aussi capable de dézinguer, avec la subtilité qu’on lui connaît, des confrères (et pas que dans le domaine du cinéma français).  

En l’occurrence, le monsieur n’y est pas allé de main morte puisqu’il a une nouvelle fois mis en avant son profond désamour pour l’image de synthèse : “Tout ressemble à un Photoshop !” s’est-il exclamé, avant de rétorquer : C’est fini les beaux plans, on ne sait plus ce que c’est. On ne peut plus juger ce qui est vrai et ce qui est digital.”  

 

Photo SparringLa joie de vivre…

 

Ainsi, l’une des premières victimes de ce constat pour le cinéaste n’est autre que le pourtant très acclamé Mad Max : Fury Road, qui ne parvient pas à posséder le même souffle que les trois premiers opus selon lui :  

“Je n’ai pas pu regarder plus de 20 minutes, je suis parti en courant, j’en pouvais plus. Quand j’ai vu qu’ils arrivaient et qu’il fallait qu’ils fassent demi-tour, qu’ils repartent dans l’autre sens, j’en pouvais plus… Et après j’ai vu le making-of, qui est absolument génial. Tu te dis : ‘Mais s’ils avaient gardé le film comme ça et pas mis cette putain de tempête de sable numérique absolument improbable et sans intérêt’… Si seulement ils avaient juste viré les câbles […] qu’on ait peur, qu’on puisse avoir une relation avec les voitures et ceux qui les conduisent.” 

 

Photo Tom Hardy“Le train de tes injures roule sur le rail de mon indifférence”

 

S’il est ensuite revenu sur le sens de la suggestion dont étaient capables certains de ses films de cœur (AlienMassacre à la tronçonneuse ou encore Les Dents de la mer, où tout est question de montage), il regrette que de nombreux films contemporains soient incapables de créer le même émoi par ce sens de l’économie. C’est en particulier ce qu’il a reproché à Quentin Tarantino, et à la cinéphilie très évidente du cinéaste :

Je n’aime pas des mecs comme Tarantino parce qu’ils font avec 70 millions de dollars des copies de films qui en coûtent 100 000. Si tu veux faire de la série Z, fais de la série Z.” 

Il a renchéri sur le réalisateur de Pulp Fiction en revenant sur l’impact négatif qu’il a perçu au travers de son premier film, Reservoir Dogs : “Quand j’ai vu cette violence gratuite, la scène de l’oreille avec la musique, j’ai compris qu’il y avait un problème. Et c’est à partir de ce film-là que c’est devenu funky de montrer la violence.”

 

Une nuit en enfer“Mathieu, on va te laisser dans le coffre un moment, le temps que tu te calmes…”

 

Puisque ça continue de taper sur les copains, Kassovitz s’est attardé sur James Gray et Christopher Nolan, deux cinéastes à la fois auteurs et porteurs qui ont récemment signé un film sur l’espace. En saisissant la jaquette d’Ad Astra, le réalisateur de L’Ordre et la Morale s’est expliqué :

“C’est des films, on devrait s’en souvenir. Ils devraient nous marquer, rester avec nous. Moi, ils me passent totalement à côté. C’est comme Interstellar tu le vois, tu te dis : ‘Wow, c’est quoi ?’ Dix minutes après, t’en sors et tu as oublié. Tu ne sais plus de quoi ça parle, tu ne comprends plus rien.” 

Pour boucler la boucle, le coup de gueule du cinéaste est revenu sur sa haine des effets spéciaux numériques, en visant notamment Will Smith et sa prestation dans le Gemini Man d’Ang Lee, où l’acteur est confronté à son clone rajeuni dans une version de pure synthèse : “C’est nul à chier ! Il y a l’autre robot en face de lui, on voit bien que ce n’est pas lui. Je m’en fous.” 

 

photo“Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?!”

 

Pour autant, la logorrhée du réalisateur ne l’a pas empêché de se montrer plus modéré, notamment lorsqu’il a évoqué avec honnêteté sa propre expérience des effets spéciaux :

“La première fois que j’ai utilisé du CGI, c’était sur La Haine, pour enlever l’ombre de l’hélicoptère qui fait le plan [aérien] sur Cut Killer. Il n’y avait pas de drone à l’époque. L’hélicoptère faisait 2-3 mètres d’envergure, et pouvait avoir une caméra 35mm dans la tête. Et on s’est retrouvés avec des problèmes de temps. Le soleil est passé de l’autre côté et on voyait l’ombre s’écarter [avec l’hélicoptère]. Sans CGI, on serait revenus le lendemain, à une heure différente, mais on m’a dit qu’on pouvait me l’effacer. Et ça me brise le cœur, parce que je me dis qu’on n’a pas bien pensé notre truc.” 

Toutefois, Mathieu Kassovitz a profité tout de même de ce Vidéo Club pour revenir avec passion sur le Police Story de Jackie Chan, ou encore sur Zu, les guerriers de la montagne magique de Tsui Hark, donc on peut bien lui pardonner ! 

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