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Le jour où New York s’est arrêté, stoppé par le coronavirus

toutfilmMarch 24, 2020

«J’étais l’homme le plus sollicité du monde avant le coronavirus, maintenant je suis le plus seul.» En ce mardi matin, Jean-Marc Bijoux, un officier de sécurité à Times Square, veille sur une statue plantée au cœur de l’iconique place de New York. Depuis que la métropole de 8 millions d’habitants est devenue l’épicentre de la crise du coronavirus aux États-Unis et que les New-Yorkais ont reçu l’ordre de se confiner chez eux, les magasins et théâtres de Broadway ont fermé. Les hôtels se sont vidés et les milliers de touristes qui se massent chaque jour sur Times Square ont disparu. Les coups de klaxons des emblématiques taxis jaunes qui tentent de se frayer un chemin dans les bouchons qui engorgent normalement Manhattan se sont tus, car les taxis eux aussi ont disparu.

Jungle silencieuse

À l’image de la ville de New York, Times Square n’est plus que l’ombre d’elle-même. Sur les panneaux publicitaires qui illuminent la place déserte, un mannequin souriant en maillot de bain semble promettre un été radieux mais difficilement imaginable en cette crise de coronavirus. «Qu’est-ce qui est éternel?» demande en lettres majuscules une réclame pour un jeu vidéo mettant en scène des mutants déterminés à éliminer l’humanité. Dans cette jungle silencieuse d’écrans géants, l’un d’entre eux attire le regard des rares badauds en assurant: «Les temps difficiles ne durent pas, les gens forts si.»

Jean-Marc Bijoux jette un œil habitué sur ce spectacle urbain en berne depuis qu’Andrew Cuomo, le gouverneur de l’État de New York, a ordonné la fermeture de la mégapole en deux temps: les écoles, les bars et restaurants le 16 mars dernier, tous les autres commerces qui ne sont pas jugés comme indispensables le 22 mars. «J’avais dû assurer la sécurité lors de l’attaque à la voiture piégée ici, sur Times Square, en 2010, raconte l’officier de 46 ans. Mais je devais au contraire contenir la foule qui voulait voir le site de l’attentat (ndlr: qui n’avait pas fait de morts). Même le 11 septembre 2001, c’était différent. Les hôtels étaient pleins et il y avait des milliers de personnes. Là, c’est complètement vide.» Seul vestige de la réalité pré-coronavirus, le Naked Cowboy, l’emblématique cowboy nu qui chante chaque jour en slip et en Santiags pour les touristes à Times Square, fait une brève apparition sur la place cette fraîche matinée de mars. Il y roule des mécaniques et joue un morceau avec sa guitare tapissée d’autocollants à la gloire de Donald Trump, pour la chaîne de télévision locale et quelques photographes.

Dans une rue adjacente de Times Square, Ainsley, un ouvrier, fredonne «Hot in Here» ( C’est chaud ici), un tube du rappeur Nelly. «Il faut garder le moral, glisse-t-il. On m’a annoncé que j’avais encore du travail pour deux jours, et ensuite il faudra attendre que ce virus passe. C’est un désastre. Regardez autour de vous, avez-vous déjà vu New York comme ça?»

Dans la peur

Un peu plus loin, une trentaine d’hommes au visage rugueux et au regard fatigué font la queue devant un théâtre transformé en soupe populaire. Les sans-abri respectent à la lettre les consignes de sécurité données par l’homme qui les accueille, le visage protégé par un masque de chirurgien. Ils attendent et gardent leurs distances en attendant leur repas chaud dans la rue fantomatique où résonne «Like a Virgin». Le tube de Madonna s’échappe du haut-parleur d’un restaurant voisin, pourtant fermé.

Les New-Yorkais se sont murés chez eux depuis qu’ils ont été rappelés à l’ordre samedi par Andrew Cuomo. Ils vivent dans la peur, alimentée par un nombre d’infections qui double tous les trois jours. Mardi matin, New York avait 25665 cas de coronavirus et 157 morts.

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Andrew Cuomo était d’ailleurs au Javits Center, un immense centre de congrès de Manhattan transformé en hôpital. Il y a vivement critiqué Donald Trump, le président des États-Unis originaire de New York, qui souhaite relancer l’économie américaine d’ici à Pâques et ne cesse de s’autocongratuler pour sa gestion de la crise. «Vous voulez une tape dans le dos parce que vous avez envoyé 400respirateurs? lui a lancé Andrew Cuomo. Qu’allons nous faire avec 400 respirateurs alors que nous allons en avoir besoin de 30’000? Vous ne voyez vraiment pas l’ampleur du problème. Et le problème se définit par son ampleur.» La présence de l’armée dans certaines rues de New York en ce mardi matin est là pour le rappeler.

Créé: 24.03.2020, 22h39

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