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Guerres: L'impact du coronavirus sur les conflits

toutfilmMarch 22, 2020

Syrie, Libye, Ymen, Afghanistan, Sahel… Avec des grandes puissances focalises sur le Covid-19, les conflits dans le monde vont-il se rduire ou s’intensifier? Selon des experts et diplomates de l’ONU, le risque est grand de voir la deuxime hypothse prvaloir.

Pour les gurillas ou groupes extrmistes, l’aubaine est vidente, juge ainsi Bertrand Badie, professeur Sciences Po Paris. Dans une logique de la puissance devenue impuissante, il est possible de voir la revanche de la faiblesse sur la force, affirme-t-il l’AFP.

Ces derniers jours, une trentaine de soldats maliens ont t tus dans une attaque attribue aux djihadistes dans le nord du Mali sans provoquer de sursaut du Conseil de scurit. Dans la rgion syrienne d’Idlib, objet de toutes les attentions diplomatiques avant que le coronavirus ne vienne la supplanter, ou en Libye, des affrontements perdurent.

L’ONU craint des millions de morts

voquant le possible impact dvastateur du Covid-19 Idlib et ailleurs en Syrie, la secrtaire gnrale adjointe de l’ONU pour les Affaires politiques, Rosemary DiCarlo, vient de lancer un appel la responsabilit. Si quelqu’un (…) avait encore besoin d’une raison pour arrter les combats, c’est bien cela, a-t-elle dit dans un tweet.

Alors que le monde combat la pandmie, les parties doivent sortir de leur focalisation sur l’affrontement contre l’autre pour s’assurer que la population n’affrontera pas de risques encore plus grands, a aussi rclam dans un communiqu l’missaire de l’ONU pour le Ymen, Martin Griffiths.

Jusqu’ prsent, ces pays ne sont pas touchs par le Covid-19 l’chelle connue en Chine ou Europe. Une propagation dans ces pays en conflit, souvent trs pauvres, pourrait avoir des consquences ravageuses, les Nations unies craignant des millions de morts sans solidarit. Et sans forcment avantager l’un ou l’autre des belligrants, car la maladie serait incontrlable, note un diplomate. La pandmie peut entraner une aggravation des conflits, avec le risque d’exacerber la situation humanitaire, des mouvements de population, prcise-t-il.

Conflits inaudibles

La maladie pourrait aussi rduire l’nergie des belligrants combattre ces prochains mois, temprent certains experts. Jeter leurs troupes dans la bataille exposera tats et groupes violents non-tatiques la contamination et donc des pertes humaines potentiellement catastrophiques, estime ainsi Robert Malley, prsident du centre de rflexion International Crisis Group, bas Washington.

Selon lui, le virus diminuera trs certainement la capacit et la volont des Etats et du systme international – ONU, organisations rgionales, de rfugis, forces de maintien de la paix – se vouer la rsolution ou la prvention des conflits. Et d’grener, dans un entretien, les obstacles: accs aux zones limits, ngociations dans des pays neutres difficiles organiser, investissements financiers dtourns…

Quel gouvernement voudra investir dans la poursuite de la paix au Ymen, en Syrie, en Afghanistan, au Sahel ou ailleurs alors qu’il fait face une crise conomique, sociale et politique quasiment sans prcdent?, s’interroge-t-il. Avec une attention mdiatique concentre sur le Covid-19, ces conflits, aussi brutaux et violents soient-ils, deviendront pour beaucoup imperceptibles et inaudibles, juge Robert Malley.

Inquitudes des ONG

l’ONU, qui essaye tant bien que mal de faire front, des diplomates assurent que la surveillance de l’volution des conflits et de la situation de pays en crise se poursuit mme si les runions de l’ONU ont t rduites la portion congrue.

Nous veillons ce que le Conseil de scurit joue son rle vital dans le maintien de la paix et de la scurit mondiales. Le Covid-19 est le principal sujet mondial, mais nous n’avons pas oubli la Syrie, la Libye, le Ymen, assure ainsi dans un tweet l’ambassadeur par intrim britannique auprs de l’ONU, Jonathan Allen.

Bas New York et spcialiste des Nations unies, Richard Gowan fait part de ses doutes. Des diplomates du Conseil de scurit disent qu’il leur est difficile de maintenir l’attention de leurs capitales sur les dossiers onusiens. Parmi les ONG s’occupant de la dfense des droits humains, comme Human Rights Watch, l’inquitude s’amplifie de voir des pans entiers d’actions et de pressions passer la trappe.

Selon des diplomates, la publication d’un rsum d’un rapport onusien sur des bombardements d’hpitaux en Syrie, attendue ces jours-ci aprs avoir t plusieurs fois repousse depuis le dbut de l’anne, n’est dsormais pas espre avant au plus tt avril.

(nxp/ats)

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