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Grèce : le camp de réfugiés de Moria, "bombe sanitaire"

toutfilmMarch 22, 2020

Selon les chiffres de samedi matin, en Grèce, le Covid-19 a contaminé 495 personnes et causé treize décès. Pour le pays en confinement, les camps de réfugiés surpeuplés sont une source d’inquiétude supplémentaire.

“Reculez ! Laissez un mètre entre vous”, lance la caissière à une femme prête à déposer ses articles sur le tapis roulant. Dans ce supermarché du centre d’Athènes, les clients entrent au compte-gouttes. La consigne nationale impose une personne pour 10 m2. À l’extérieur, une longue queue s’est formée sous un ciel bleu. Aux alentours, ce mercredi 18 mars, tout est fermé, tout est calme. Pour lutter contre le Covid-19, depuis plusieurs semaines, le gouvernement grec appelle les habitants à rester chez eux. Alertée par la situation en Italie et consciente de son système public de santé affaibli par dix ans d’austérité, la Grèce a rapidement adopté des précautions. Depuis le 10 mars, la liste des mesures visant à limiter la propagation du virus s’allonge. La fermeture des établissements scolaires a précédé celles des lieux culturels, des sites archéologiques, des bars, des restaurants, des plages privées, des stations de ski et, depuis mercredi, de tous les commerces. Jusqu’à la fin du mois, au moins, seuls restent ouverts les parapharmacies, les églises, quelques commerces de bouche et de première nécessitée. Le pays a fermé ses frontières aux résidents non-européens ; les vols avec l’Italie et l’Espagne sont suspendus. Et toute personne arrivée de l’étranger doit rester en “quinzaine” ou risque 5 000 euros d’amende.

“On est trop nombreux”

À Lesbos – où un cas a été déclaré – le personnel hospitalier de Mytilène, chef-lieu de l’île, est inquiet. Inquiet du pic attendu à tout moment et du camp de réfugiés situé à quelques kilomètres de là. Moria, le plus grand camp d’Europe, est un entrelac de containers et de tentes étendus à travers les oliveraies. Des Afghans, des Syriens, des Congolais… vivent dans une promiscuité extrême, dans un environnement insalubre. Diabétologue au sein du dispensaire de Mytilène qui compte 220 lits, Nikolaos Bountouvis prévient : “L’hôpital a été conçu pour l’île de 85 000 habitants. Si le virus se répand dans le camp où s’entassent 20 000 personnes, dont beaucoup sont vulnérables, nous ne sommes pas prêts. Aucun hôpital grec ne l’est”. Selon le spécialiste, leur direction dit avoir un plan en cas de propagation, mais les détails n’ont pas encore été communiqués aux médecins. Dans un communiqué publié la semaine dernière, l’ONG Médecins Sans Frontière presse les autorités grecques et européennes à évacuer les camps surpeuplés situés sur cinq îles de la mer Egée où 40 000 demandeurs d’asile sont bloqués. Congolais, Délé est arrivé il y a trois mois au camp de Moria. Installé dans une tente avec huit personnes, chacun prend des précautions malgré les difficultés. “Il n’y a pas d’eau toute la journée alors, on ne peut pas toujours se laver les mains. Et il est impossible de tenir une distance lors des distributions de nourriture, trois fois par jour. On est trop nombreux”. De son côté, le gouvernement grec a annoncé la suspension, jusqu’au 10 avril, des activités du Service d’asile. Afin de prévenir la diffusion du virus, l’accès aux camps est interdit aux visiteurs étrangers et les sorties des exilés sont limitées au maximum. Dans le cas de Moria, contrôler 15 000 réfugiés répartis dans les oliveraies, autour de la structure officielle du camp, est complexe, estime Alexandra Politaki membre de MSF. Alors les autorités ont commencé à grillager l’espace, s’inquiète-t-elle. “Moria est une bombe sanitaire, insiste Nikolaos Bountouvis. Retenir des personnes dans ces conditions représente un danger pour eux et pour les insulaires. Cela pose de vraies questions éthiques.”

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