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Gaston Lagaffe : critique qui sait pourquoi on n’a pas voulu lui montrer le film

toutfilmOctober 26, 2020

Gaston Lagaffe, ce soir à 21h15 sur TMC.

Dans quelques siècles, quand les droïdes qui auront supplanté l’humanité étudieront la bande-dessinée franco-belge, ils regarderont probablement avec désolation leurs adaptations cinématographiques. Ce champ de ruines, qui aura choisi de grands emblèmes de la culture populaire comme agneaux sacrificiels destinés aux prime times de chaînes boulimiques, compte une nouvelle tombe : celle de Gaston Lagaffe, adapté par Pierre-François Martin-Laval, avec Théo Fernandez.

GAFFE AU NAVET ! 

Le doux dingue inventé par Franquin n’en est pas à sa première profanation. En 1981, Paul Boujenah réalisait Fais gaffe à la gaffe ! qui s’en inspirait déjà. Pétrifiant navet, le film témoignait cruellement des différences fondamentales qui opposent bande-dessinées et cinéma. On ignore si PEF alias Pierre-François Martin-Laval a pris connaissance de la chose, mais il joue malheureusement dans la même cour.

Il se heurte à la difficulté de mêler le rythme rapide du comic strip et celui d’une histoire au long cours. Gaston Lagaffe tente donc d’accoler à un récit convenu une batterie de happenings contenant les motifs de Franquin. Mais jamais les deux ne s’allient organiquement, transformant l’ensemble en un patchwork disharmonieux de sketchs grossiers. Ces derniers s’enchaînent sans la moindre notion de rythme ou de tempo, régulièrement défigurés par des effets spéciaux atroces, quand ce n’est pas carrément un mixage son déficient qui sabote les gags.

Ce ne sont pas non plus les personnages qui pourront sauver le métrage du fiasco. Gaston, écrit comme un héros de la start up nation au devenir de Youtubeur star n’est plus qu’un personnage secondaire (transformer un rêveur anar en obsédé du bio Macron-compatible, il fallait l’oser), qui laisse la place à Prunelle, que joue… Pierre-François Martin-Laval. C’est donc l’acteur-réalisateur qui prend les commandes de la narration, sitôt fini le générique qu’on jurerait sorti d’un numéro du Bigdil sous acides, dénaturant totalement le concept, et la dynamique de l’œuvre de Franquin.

 

PhotoLa légendaire voiture de Gaston

 

IDÉES NOIRES

Que PEF choisisse de phagocyter Gaston Lagaffe est agaçant, mais on se souvient que Alain Chabat ne faisait pas autre chose avec son excellent Astérix et Obélix : mission Cléopâtre. Le problème vient ici du fait que le metteur en scène n’a aucune idée de par où prendre le matériau d’origine, tout comme il est incapable de lui substituer un univers plus personnel.

 

Photo Théo FernandezEt oui, il y a un gag avec une vache qui pète

 

Citer, parfois avec maniaquerie, quelques cases de la bande-dessinée ou inventions du personnage principal ne suffit pas à garantir à l’ensemble une quelconque forme de cohérence esthétique. Des corps en mouvements, des accessoires bricolés et des couleurs criardes enregistrés par une caméra Arri Alexa ne pourront jamais traduire le rendu cartoonesque, fiévreux et enlevé de l’œuvre originale. L’affirmer est d’une banalité sans nom, mais Gaston Lagaffe s’entête pourtant à reproduire à l’écran des gestes qui échouent tous lamentablement sitôt qu’ils quittent leur berceau de papier.

Ce qui achève enfin de rendre le projet odieux n’est autre que son absolu manque de confiance en lui. Conscient peut-être d’avoir si peu à proposer au public de 2018, le métrage s’efforce de dragouiller une audience qu’il est persuadé de connaître. Références bio-écolo en pagaille, modernité greffée sans anesthésie et œillades aux youtubeurs dignes d’une Christine Boutin dopée au vin de messe un jour de Pentecôte, tout dans le film respire un opportunisme rance. Nul ne sait encore si le public se rendra en salles pour honorer ce Gaston Lagaffe, mais ce qui est sûr, c’est que les souvenirs de plusieurs générations de bédéphiles y ramperont pour mourir.

 

Affiche

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