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Freud : critique sur le divan du nouveau Penny Dreadful de Netflix

toutfilmMarch 25, 2020

Netflix embarque le père de la psychanalyse pour une enquête dans les bas-fonds d’un XIXe siècle torturé. Que valent les premiers épisodes de ce Penny Sigmund ? Bilan à mi-parcours.

ATTENTION MINI-SPOILERS

 

photo, Robert Finster“Viens voir le Docteur”

 

MASS HYSTERIA

Figure controversée et admirée, Sigmund Freud fut le fondateur de la psychanalyse. Parce qu’il suscite encore aujourd’hui d’infinis exégèses et débats, il constitue un matériau de premier choix pour la fiction (Viggo Mortensen l’a notamment incarné dans A Dangerous Method de Cronenberg), qui trouve ici un exhausteur de premier choix, prétexte idéal à l’évocation d’idées sulfureuses et autres motifs fantasmatiques. Rien d’étonnant donc à ce que Netflix ait misé, aux côtés de producteurs autrichiens, sur le personnage et son potentiel d’attraction. 

Et il faut dire qu’avec à sa tête Marvin KrenFreud s’annonçait sous d’excellents hospices. Réalisateur de Rammbock : Berlin undead et de la série 4 Blocks, l’artiste est rompu aux différents tempos de narration, sait magnifier un budget limité, et s’est déjà amusé de mélanger les genres. C’est d’ailleurs précisément ce qui séduit rapidement dans la série. 

 

photoTout le monde aura reconnu Armstrong de Fullmetal Alchemist

 

Dès son ouverture, le récit caractérise son protagoniste principal avec malice. Praticien brillant, probablement visionnaire, Sigmund Freud n’en est pas moins un menteur patenté, obsédé par la reconnaissance, la gloire, et bien chaud caramel sur la cocaïne. Un portrait capable de ménager la chèvre et le fou, le fanzouze de la psychanalyse comme ses farouches adversaires. Le scénario s’amusera à conserver cette ligne périlleuse, faisant toujours osciller son héros entre enthousiasme de la découverte, et veulerie bassement humaine. 

Jusque dans ses rebondissements, souvent très bien amenés, à la manière de la conclusion du troisième épisode, le scénario se plaît à toujours avancer (un peu) plus loin sur les terres de l’ambiguïté. Quand un personnage échappe à une redoutable manipulation mentale, ce ne sera que par l’entremise d’un Œdipe bien corsé et de produits pour le moins stupéfiants. Jamais franchement délirante, se gardant bien de complètement piétiner le fond scientifique de son sujet, mais toujours désireuse de l’aborder de manière ludique, la série parvient à en extraire un terrain de jeu très prometteur.

 

photo, Freud“Oedipe is your love ?”

 

SHERLOCK FREUD

Retorse, l’intrigue ne l’est pas qu’avec ce bon Sigmund. Les personnages secondaires bénéficient de beaucoup d’espace, et permettent de varier les atmosphères, mais aussi le rythme interne de chaque épisode. Ainsi, l’empathie du spectateur sera finement travaillée avec l’inspecteur Kiss, brute de flic qui fend progressivement l’armure, mais s’avère capable de saillies d’une violence étonnante, comme en témoigne sa technique toute personnelle pour conclure les duels. 

Il en va de même pour la médium interprétée par Ella Rumpf. Elle a beau souffrir d’une caractérisation un peu épaisse et facile, tant on voit combien Fleur Salomé a essentiellement pour fonction de nourrir et engendrer certaines névroses et théories chez le praticien, son personnage apporte beaucoup d’énergie à l’ensemble. En effet, c’est elle le premier vecteur de trouble, sexuel bien sûr, mais surtout narratif, ses capacités (et celles de l’antagoniste de la série) amenant l’histoire sur les rives du fantastique. 

Les visions qui l’assaillent forment d’ailleurs une des plus belles réussites de la série à mi-chemin. Toujours extrêmement soignées, bien découpées, et éclairées avec soin, elles constituent des petits sommets de bizarrerie qui impressionnent la rétine, et parviennent toujours à distiller un certain malaise. Piochant aussi bien du côté baroque de Penny Dreadful que dans les hallucinations sanguines d’un Angel Heart, elles constituent un des points forts saignants de Freud.

 

photo, Robert FinsterIl a changé Scarface

 

UN FREUD, SALE ET MECHANT

En revanche, pour tout à fait convaincre, Freud va devoir grandement retravailler son tempo global. On l’a dit, chaque chapitre se ménage de jolies ruptures de ton, mais avec des épisodes dépassant allègrement les 50 minutes, le remplissage n’est jamais loin. Pas au point de provoquer de véritable ennui ou le désir d’abandonner la série, mais au cours des deux premières heures, les trous d’air sont nombreux, tout comme les bégaiements.  

En effet, difficile de saisir, puisque le personnage de Fleur est si prompt à s’échapper et à pactiser avec Freud, pourquoi leur adversaire commun ne prend pas plus rapidement des dispositions afin de mettre le psychanalyste en devenir hors d’état de nuire. Des soucis scénaristiques qu’on retrouve souvent ici et là, comme si la formidable énergie de Marvin Kren se retrouvait un peu dispercée dans une cote aux mailles un peu trop lâches. 

 

photo, Robert FinsterUn duel au sommet

 

De même, on espère que l’intrigue va surprendre, car si l’atmosphère de la série fonctionne parfaitement, arrivé à mi-saison, le prétexte paraît un chouïa convenu. Non seulement il causera peu à qui ne connaît pas bien les soubresauts de l’empire austro-hongrois, mais il a du mal à se démarquer du tout-venant du vilain complot des élites. Rien d’abominable ou d’indigent, mais un classicisme qui tranche un peu tristement avec la maîtrise et le goût affiché de l’ensemble pour le détournement malin des stéréotypes.

De même, l’adversaire de notre trio de héros, si elle ne manque pas de charisme, a encore du mal à donner de la chair à ses motivations, tout comme on sait mal les étendues exactes de ses pouvoirs, entre super-hypnothiseuse et médium option super sayen.

Autant de petites scories qu’on espère que la série saura dépasser.

 

Affiche officielle

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